Des intrigues bruxelloises en prise directe avec la géopolitique actuelle. Ce polar d'espionnage contre-terroriste vous plongera dans des enquêtes serrées sur le deal cannabis avec des ramifications internationales.
Les gros romans, on sait quand on les commence, mais on ne sait pas quand on terminera.
Un polar d'espionnage, emballé dans une touche d'érotisme méditerranéen.
« L’Impressionniste de Molenbeek », vous offre une vision sans concession loin des stéréotypes d’usages.
Tome 1: Noor, t’as jonché d'or et de jade, ma routine en iPhone !
Tome 2:: L’ère du vide, j'ai sans fin contemplé…
Tome 3: Armé, la nuit je mens, j’m’salis les mains
Tome 4 : Aucun Concorde n’aura ton envergure
4 eme de couverture :
Des terroristes ont attaqué Bruxelles, des espions chinois et russes dérobent des secrets, des dealers cannabis financent des terroristes, l’extrême droite vise le Parlement Fédéral Belge et les hostiles des forces du désordre attaquent les terrasses et le mode de vie occidental. Le monde vire vers le choc des civilisations mais à qui profite le crime ?
Après 5 années de dérive suite à une rupture avec sa fille, le Molenbeekois Karim Moreno éclairé par les paroles de son thérapeute, Alain Bashung, retrouve le goût à la vie grâce à sa rencontre avec sa nouvelle voisine de 15 ans. Mais à peine a-t-il profité de leur complicité artistique qu’un accident de la vie les sépare.
Pour Moreno, il est temps d’arrêter de remplir les prisons de dealers qui s’y radicalisent. Mais pour changer des lois injustes, il faut des preuves…Chargé de haine, Karim Moreno, le conseiller politique tente de convaincre son ami d’enfance, le major Alejandro Jiménez du renseignement militaire belge (SGRS) de monter une opé clandestine avec des mercenaires russes pour agir dans l’illégalité et sauver l’occident inchallah. Durant les enquêtes de Molenbeek à Malaga, aucune limite légale ou morale ne sera respectée dans l’esthétique de la violence impressionniste au milieu des volutes de fumées de la Marijuana et Haschich.
La série propose une explosive alchimie entre deux amis d’enfance : Karim Moreno, le bouillant molenbeekois spécialiste en marketing électoral et Alejandro Jiménez Pinto, le froid et méthodique major des forces spéciales et chef-analyste du renseignement militaire belge.
Thèmes et Genres : Espionnage & Polar, Saga Historique et Littérature Belge.
Broché : 1002 pages
Poids de l'article : 1.764 kg
En achetant les 4 tomes, vous recevrez en cadeau : 4 cartes postales avec les paroles des chansons de Boldini Style, disponible sur les plateformes musicales.
Extraits et passages du tome 1
Ixelles, 13h17
La pizza partagée avec Noor, Karim débute le travail par l’enseignement de quelques techniques vitales. Il roule un joint en tenant compte de la gravité pour ne pas gaspiller la marchandise par terre puis il initie Noor à un art martial russe « Le Systema ».
C’est la meilleure formule pour elle.
Le Systema est un art de combat où l'économie des mouvements et le relâchement sont la base. Noor kiffe les différents mouvements de défense et d’attaque pour se défaire des multiples mauvaises situations urbaines.
— Tu sais, j’aime pas la violence mais l’hagra (injustice) j’hais, dit Noor debout face au molenbeekois dans le salon.
— D’nos jours, la violence est une question de surprise. Une bande de lâches visera un adversaire solo, ils agressent en meute pour piquer un téléphone ou du fric. Même le roi lion peut s’écrouler face à une meute d’hyènes enragées. Si tu veux profiter des fêtes de quartier et des raves party tranquille, faut être une artiste d’la violence. Et avec mes techniques, tu deviendras une messagère du fracassage et si jamais t’es douée, j’t’présenterai à un pro du combat de street. Mon soldat est un bon drari.
— J’hésite Karim, j’aime le sport et l’fitness mais j’kiffe pas la violence.
— Qui t’parle de violence, Noor, j’cause de liberté. Et si la négociation sert à rien avec ton agresseur et que tu dois frapper, alors balance la sauce et lâche un coup sans retenue. N’t’retiens surtout pas, parce que si t’hésites et veux la jouer pacifiste de gauche, l’adversaire l’captera et l’interprétera comme d’la peur, ce qui automatiquement l’incitera à t’agresser.
— J’suis pas sûre du truc, répond Noor en regardant ses ongles vernis.
Le molenbeekois va à la fenêtre, observe la rue et invite Noor à s’approcher.
— Seul l’terrain dicte sa Law, et tu vois l’ado à côté du paki, celle avec les baskets vertes. 99% qu’elle marche la nuit en mode craintive et tu sais
pourquoi ? Non tu sais pas, tiens fume ça va t’stimuler benti
Noor happe le joint, guette la fille avec ses copines d’école et dit :
— Parce qu’elle n’a jamais pensé à s’défendre, elle subit la peur sans ton système.
— Parfait, repasse-moi le pétard, c’est pas d’ton âge. Moralité, on frappe quand, c’est nécessaire. Avec ces fous et obsédés sexuels, une belle fille bien éduquée comme toi doit être capable d’s’débrouiller. Dans ce monde, tu peux faire confiance à personne sur la street. Des spectateurs de gauche t’regarderont encaisser les coups et t’filmeront mais personne viendra à ton secours pendant l’agression, normal, c’est des pacifistes. En position, on engage l’combat. L’important est de feinter l’adversaire pour l’embrouiller. Vas-y, fais comme moi, frappe fort ton adversaire pour l’inviter à se retirer et si t’hésites, tu gaspilleras davantage d’énergie pour le calmer.
L’attaque de Karim vise les poignets, les coudes, le cou et les genoux et Noor répète les mouvements sans hésiter. Cet art favorise l’improvisation et le molenbeekois insiste sur l’importance de rester calme dans les situations de stress. Il partage des exercices de respiration afin d’être dans de bonnes conditions psychologiques et physiologiques pour répliquer à une agression nocturne en bande.
Après l’art martial, le molenbeekois aborde l’art pictural. Il place les tubes de couleurs, la palette, et exécute une série de mouvements avec des pinceaux de différentes longueurs. Noor observe attentivement la manière de combiner les couleurs et Karim sent revenir le goût.
Noor s’y met petit à petit. Le travail est répétitif, elle déballe de nouvelles toiles, peint, jette et remplace.
— Je kiffe pas ma créa, j’suis nulle, dit Noor avec la fragilité de sa voix juvénile.
Devant sa toile, elle se tâte, le pinceau suspendu dans le vent.
— Écoute, comme tout le monde, t’as deux ou trois qualités et des millions de défauts artistiques et méthodologiques, alors cherche à t’améliorer et ça glissera ! dit Karim en mode tranquille, assis sur sa chaise, un verre de thé en main, derrière Noor, pour analyser les gestes, comme faisait son prof à l’académie des beaux-arts de Molenbeek.
— J’peux t’avouer un truc, j’m’vois pas réussir dans l’Art, dit Noor devant sa toile en mode « j’cherche des idées ».
— Fais comme moi, œuvre à l’artisanale et on verra. Rappelle-toi mes mouvements avec l’pinceau, c’est ça, continue comme ça ! Tu vas nous pondre un truc qui marche, ma fille, continue comme ça, t’conseillerait tonton Bashung, dit l’impressionniste en stimulant Noor avec sa voix de père de famille bienveillant.
— Tu parles du vieux grisonnant, Chab Bachy, répond Noor, la palette et le pinceau en mains dans un éclat de rire partagé.
L’impressionniste de Molenbeek, le verre de thé en mains observe les gestes de Noor et relit les consignes scolaires.
— Ta fille vient pas t’voir ? J’saisis pas !! J’aimerais la rencontrer et avoir un père qui a envie de m’voir. Le mien s’en fout, j’existe pas pour lui depuis qu’il a ses nouvelles filles, j’espère que ma madré n’aura jamais d’enfants avec un autre mec !
Le blanc de la toile disparait petit à petit sous ses coups de plumes énervés.
Putain, j’espère qu’elle va pas la jouer : Viiiictime du système.
13h45
Noor reçoit un coup de fil et disparait sur la terrasse. Seul, l’impressionniste ramasse les toiles et analyse le style de sa voisine.
Putain, y a moyen d’en tirer quelque chose inchallah.
Le même génie et groovage que Zidane, cette môme.
Après 15 min de patience et d’analyse des toiles pendant que Noor baragouine un pseudo anglais de Bxl-sud à la sauce You Tube, Karim le pinceau en main, hurle :
— Quand t’auras fini de jouer à l’artiste new-yorkaise sans-papiers, l’aspirateur dans ma chambre et les poubelles t’attendent daba[3]benti et j’cause à toi pas aux murs.
Noor revient dans le salon-atelier, attrape, le joint et le pinceau, enchaine des coups nerveux de pinceaux et demande :
— J’veux 2000 € dans un taf qui m’branche, j’fais comment, l’vieux ?
— Et pourquoi, j’saurais ! Ah, tu m’vois comme un père de fams, alors tu veux des conseils, répond-t-il en suivant du regard la vendeuse de la boulangerie par la fenêtre du salon.
— T’es maroco et j’ai remarqué que vous kiffez l’biz, les belles bagnoles, les iPhone, les voyages, les mariages et les marques pas très citoyennes, alors, j’demande à un spécialiste en conso, c’est pas un préjugé, wallah, dit Noor en surfant sur son smartphone.
— T’as oublié les divorces, on est à une moyenne de trois mariages et deux gosses avec des pères différents. Laisse-moi réfléchir stp ! Le mieux, c’est braquer une banque ou trouver une victime comme un mari blindé, sinon j’vois rien, ma fille.
— Pour la banque, ça m’a l’air hardcore et comme mes copines, pour le mari riche, ça m’branche pas ! Veux être une femme libérée, moi. Les mecs, c’est instable, regarde, moi j’ai un père, mais j’ai pas de papa ! Bref, j’comprends waloo. Et pour l’généreux salaire ?
— Tu veux un bon salaire ou t’faire plaisir ? T’as remarqué les choix bien différents des garçons et filles dans les études ? J’ai déchiffré un secret et j’peux le partager avec toi éventuellement.
— Vas-y accouche, c’est rare le gratis à Ixelles.
— Normal, ici, les gens sont égocentriques et pas solidaires comme à Molemm. Écoute, les femmes les plus diplômées en sciences dures se trouvent dans quelles régions dans le monde ? Si tu gagnes, j’t’paye des boucles d’oreille au marché aux puces.
— Qu’est-ce que j’en sais ! J’suis pas Hannouna et j’préfère une paire de Puma mais franchement, j’ai pas compris ta question et ça a rien à voir avec tkaifa[4], dit Noor en se baladant au milieu des toiles impressionnistes et orientalistes dans le salon r’bati pour s’inspirer avec une loupe en main.
Ensuite elle pince les cordes du vieil instrument de musique, un oud irakien déposé sur une table-desserte, style Napoléon III, sortie d’un roman de Flaubert.
— Oki, j’ai compris, c’est plus grave et à ton avis, Noor, les filles étudient davantage les sciences en supérieur dans quels pays ?
— Enfantin, Belgique et France, dit-t-elle en décimant les cordes de l’oud.
— Négatif, tu t’es gourée, c’est l’Asie centrale, le Moyen-Orient et le nord de l'Afrique. Dans ces pays difficiles, y a seulement un quart des femmes qui accèdent à l'enseignement supérieur, tu m’suis, Noor ? Chez nous en Europe et en Amérique du Nord, la scolarité des girls est totale et on trouve moins de meufs dans les études scientifiques. Pourtant, les salaires sont meilleurs dans ce domaine.
— Étale encooore, j’ai rien capté, dit Noor le joint en main avec deux phrases de retard.
— Tu trouves pas ça louche ? Dans notre pays, on retrouve les étudiantes dans les métiers de l'éducation, du social, de la culture et la santé, mais rarement dans l'informatique, l'ingénierie, la chimie, la biologie, l’information et les domaines scientifiques, t’sais pourquoi ?
— Un complot contre les meufs ! C’est zarbi, l'école s'est généralisée et les femmes n’ont pas réussi à changer leur destin, pourquoi, gros ?
— D’après, un reportage TF1, parait que les pays sans sécurité sociale pour les femmes comme l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, les Émirats Arabes Unis ou le Vietnam, ont des taux d’élèves féminines en filière scientifique supérieurs à 35 %. À l’inverse, en Suède, Belgique ou Pays-Bas, ce taux dépasse pas les 25 %. Bizarre négatif, n’est-ce pas ?
— Pourquoi ? demande Noor énervée, ensuite elle lance l’oud récalcitrant qui sonne monotone entre ses mains.
— Chouffe ma fille, des chercheurs en psychologie oblique à l’université de j’sais pas où, parlaient du paradoxe de l’égalité des genres ! Eh mon oud, c’est pas une guitare de baltringue, ou de kermesse du dimanche, précise Karim en regardant ses tableaux.
— J’surkiffe ! Le paradoxe de l’égalité des genres, c’est beau, ma mère likera grave, passe-moi une grande feuille, j’kif la tkaifa avec toi. J’deviens presque intelligente.
— Fais gaffe, c’est d’l’industrielle, elle vient d’l’Hollande ! Fais un filtre carton, j’aime pas les maroco, ça brule la gorge ! Allo Huston, j’reprends, alors médite ma Zidane du pinceau, parce qu’tu devras trouver ton chemin. J’disais, les femmes des pays inégalitaires, sans alloc sociales, chômage, ou mutuelle essayent de réussir dans les études scientifiques pour assurer l’salaire, tu vois benti, elles veulent pas dépendre, du mari meskin[5].
— Maintenant, j’vois tout, un filtre carton, ça soigne la gorge. Mais, j’ai envie de m’faire plaiz, j’vais pas étudier quelque chose que j’aime pas pour le salaire ! Y a le chômage, j’vais pas m’emmerder, j’suis en Belgique moi, j’dois m’éclater et les études, c’est pas priorité d’ma life. Veux être une star moi. En plus, tes sciences, j’accroche pas bézef[6], dit-t-elle en roulant le joint au rythme de la musique arabo-andalouse, chantée par un orchestre composé uniquement de femmes.
— Noor, t’as le droit de profiter de l’Europe et t’as le choix de faire autre chose, si les sciences te branchent pas. T’es comme ma fille, à toi de choisir. J’ai partagé avec toi un secret que ma mère a filé à mes sœurs. Diminue l’herbe, on n’est pas là que pour s’éclater, on fume pour chercher l’invisible, avec parcimonie la dose, sinon dans deux secondes, tu m’diras que tu veux devenir statisticienne pour Nike.
— Pourquoi les religions séparent les élèves à l’école, j’voulais l’même cours que ma cops Fatima, mais la prof m’a dit niet.
— Faudra une semaine pour comprendre cette hrira[7], c’est pas la religion qui sépare les gens, c’est leur mauvaise lecture des textes.
— Ils savent pas lire, ça veut dire quoi ce préjugé encore ? demande Noor en regardant Karim avec étonnement.
— Certaines personnes lisent les textes comme à l’époque d’la naissance d’l’islam mais 15 siècles après, c’est un autre monde. Tout est dans la contextualisation, Noor. La majorité récite mais comprend pas. Après ton projet d’peinture, si tu veux, on plongera dans l’histoire des religions, j’ai une bibliothèque à Molenbeek bien chargée.
— Chouffe, le musée d’la poussière ça suffit ! Et y a pas d’bombes dans ta biblio ? J’vous connais…. En plus si elle est bien chargée, c’est presque suspect frère
Ensuite elle attrape son pinceau en soie de forme plate avec un manche long, qu’elle charge de couleur à l'huile. Le bleu est lumineux et Noor vise avec des tâches aléatoires la toile blanche et le mur derrière. Elle embarque un couteau à peindre et frotte les taches pour constituer une forme douteuse. Elle répète le même geste avec du rouge et du vert. Et avec le couteau, elle mixe des pigments de couleur pour créer une chaotique forme. Ensuite, elle attrape un chiffon, s’essuie les mains et dépose les pinceaux dans un bol avec de l’eau. Pendant qu’elle fume, elle admire son chef d’œuvre. Elle sourit puis demande à Karim son avis, il fonce avec un verre de thé, devant le chevalet de campagne en hêtre huilé, regarde profondément la toile, reçoit le pétard et fume pendant une minute.
Puis, comme attaqué ou agressé par une crise artistique, il trie trois livres de peinture contemporaine et les jette dans la poubelle, attrape une nouvelle toile et l’installe sur le chevalet. Emporté dans son élan, il dépose le coffret Talens Rembrandt avec son assortiment de tubes devant la toile 100% lin et tire nerveusement sur son pétard. Il le passe à Noor, puis prépare la palette en limitant les couleurs et dit en souffrant :
— Ma fille, j’peux t’appeler comme ça. Faut pas m’embrouiller le cerveau avec ta fraude contemporaine et ce Zbeul [8] post-abstrait, j’suis d’la vieille école. Nous, dans mon atelier, on raconte une histoire avec un sujet de A à Z en respectant l’regardeur et on va pas l’inviter à construire sa compréhension. Et d’ailleurs, tu m’donnes une idée, on va jouer aux grands maitres sur l’terrain, y a que ça de vrai.
Karim rafle le matos et le fourre dans son sac de sport Basic-Fit, puis il attrape la toile, le chevalet, son smartphone et s’avance vers la porte. Noor, surprise, rassemble ses affaires. Direction la place Flagey. L’élève achète un coca chez un paki et ils montent dans le bus 59 pour deux arrêts. Avec sa toile blanche en mains, Karim se dirige vers le centre de la place, pour sentir les vibrations urbaines et dit au milieu des promeneurs :— Lave-toi l’cerveau de cette fausse peinture contemporaine et observe ta ville, stp. Les gens, c’est le meilleur sujet. Certes, notre ville est plus complexe à représenter que d’aléatoires taches de couleurs où l’réel travail de l’artiste consiste à inventer un baratin pour justifier la faiblesse de sa technique ! Passe-moi un chewing-gum stp, j’en perds ma voix avec ton contempo. Viens, on va s’poser. Observe ta ville, sens-la, vis-la et surtout écoute-moi, je sais tout !
Camp Militaire d'Elsenborn, 15h00
Quelque part en Wallonie, à 150 km de Bruxelles, une section féminine de soldats se prépare pour une évaluation. La majorité des militaires de l’OTAN connaissent ce camp à la frontière germanophone. Son climat est celui des Hautes Fagnes, chaud en été et froid en hiver.
Dans les Forces Spéciales, des postes se sont ouverts aux femmes, c’est la première promotion de ce rang et la formation dure 220 jours. Revenu des terrains hostiles, le major Alejandro Jiménez Pinto remplace un collègue malade et dépanne un mi-temps d’instructeur militaire. Droit et fier comme un joueur du Real Madrid, il marche et passe au crible les candidates au prestigieux grade de membre des « Forces Spéciales belges ».
— Les filles, y a des valeurs qui vont avec l’uniforme. Ici on oublie le look et la permanente dans les cheveux. La fonction doit rentrer dans votre tête et j’ai rien demandé, c’est vous qui avez choisi le métier, bande de mangeuses de flan dans l’vent ! Avec un galactique comme moi, il est temps de basculer en mode disque dur militaire. Ici c’est l’Esprit de Corps, pas l’Esprit Criminel parce qu’on est la grande armée belge, pas la ligue d’impro ! Les filles, sur l’théâtre, au milieu des balles, on réagit et on obéit au chef, c’est pas l’moment de sur-réfléchir à la couleur de la cuisine. On cherche la cohésion pas la confusion comme en 1914. Déjà qu’on doit se farcir deux langues pour opérer finalement en anglais dans des missions clandestines ou sous l’autorité de l’OTAN. Et vous, caporales Nora et Sara, fermez-là, on n’est pas dans une asbl communale ici !
Le major scrute les candidates et recherche deux profils spécifiques : les filles qui risquent de trahir, rejoindre l’ennemi ou divulguer des secrets défenses et des filles capables de devenir de bons leaders. Avec l’élégance d’un sportif de Madrid, il poursuit :
— Dans l’armée, y a pas de féminisme, on a que l’égalité dans la rigueur. Et durant ces épreuves, va falloir, se serrer les coudes et éviter les sous-groupes avec vos ragots. Ici, les individualistes et les hyper-stratèges Koh-lanta mangent pas de pain. Chez nous, c’est Dura lex, sed lex[9] et pas Durex ! Faut pas contester ma Loi, mes princesses. Aujourd’hui, c’est le jour J, pour m’restituer dans le timing et sur la cible et pour éviter de sur-stresser, envisagez cette évaluation, comme une épreuve de Top Chef sur RTL. En plus j’connais un maroco qui cuisine mieux que Cyril.
Sifflet autour du cou et bloc-notes en main, le major observe les candidates et pense au projet de peinture de Karim et à ses top-modèles.
L’injustice, en marocain.
Poubelle ou désordre, en marocain.
La Loi est dure mais c’est la Loi, en latin.
Extrait et passage du tome 2
Ixelles, Café Belga, 19h23
Un jeune homme élégant avec un manteau noir et une écharpe rouge sort de l’ancien bâtiment de la radio francophone belge, dit le paquebot, et des mélomanes s’avancent vers lui pour solliciter un autographe.
— Y a un truc qui fait mass ! Pourquoi les artistes, c’est des hommes ? Ce meeting féminin donne envie de jouer de la flute. Tu sais Jandro, quand cette enquête sera finie et en attendant la guérison de ma Noor, j’vais me remettre à l’oud[1], on sait jamais, j’balance deux ou trois accords, avec ma gueule de mètéque et mes mains de maraudeur pour attirer les meufs, t’en penses quoi ? Il a le choix entre 10 ou 15 bimbos, l’artiste du violon ?
— T’as raison, ça laisse rêveur, entreprend khouya[2], j’viendrai après ton concert, moi j’écoute la grande musique classique occidentale pour pas abîmer mon oreille de mélomane ! Quand j’vois le nombre d’admiratrices de musique classique et de BASIC-fit autour de ce flamand, je t’encourage ! dit le major en reculant sa chaise pour observer les toits des immeubles autour de la place.
Tout est possible. Un tireur d’élite peut se cacher partout de nos jours.
— Major, au fond, si on regarde bien, on est tous impliqués. Acheter une banane Chiquita ou Oxfam, ça change ! On nous incite à manger local pour prendre nos responsabilités et poser nos choix de citoyen mais au tribunal, dans ce grand lieu de la négation des conditions sociales, seule la responsabilité individuelle est utilisée pour déresponsabiliser Monsieur et Madame tout le monde. Écoute-moi, major, la conso cannabis est plus forte que jamais, près de 15 % des Wallons et 22 % des Bruxellois de 15 à 64 ans ont déjà fumé un joint, selon une enquête de l'institut de santé publique. C’est rationnel et sont raffinées ces amatrices d’musique classique, t’es partant pour un plan chicha avec ces blondes ? J’adore celle avec ses jambes longilignes de muse.
— C’est la politique officielle du gouvernement, khouya ! On va pas s’cogner à une politique publique et perso, j’pense que la pénalisation des stupéfiants est une loi juste ! dit le major avec sa bière en main.
— T’es devenu un politique, t'es plus un soldat qui défend ta Constitution et ma Justice. Putain, tu t’poses pas les bonnes questions, c’est ta faiblesse, tu t'es mis à suivre le courant dominant et son infecte politique. Voilà ton problème, tu régresses et tes méchants te surpassent ! Tu nies la réalité du terrain, ces splendides nanas, j’leur ai filé la carte d’un livreur de marijuana, elles ont kiffé. J’adore ce coin d'Ixelles avec l’étang, ces beaux cafés, un havre de paix. J’regrette d’pas avoir acheté, dans les 90, le prix des apparts était accessible mais depuis l’arrivée de ces eurocrates et réfugiés fiscaux, la facture a explosé.
— C’est pour ça, que j’ai acheté à Saint-Gilles.
— En plus, au Flagey, même les vieilles branches sont merveilleuses, j’aurais dû faire un effort financier ! Pour mon projet d’Oud, j’demanderai à ma couz Ibtissam de m’lever une chanteuse sexy, c’est mieux pour l’visuel. T’en penses quoi, tu viendras t’inspirer de mes beautés méditerranéennes ? dit Karim en dégustant sa bière.
Le smartphone crypté du soldat sonne, il décroche :
— Bonsoir major, j’vous rappelle votre rdv dans 30 minutes précisément. Vous avez le matériel nécessaire pour votre opé d’infiltration ?
— Affirmatif, répond Alejandro en dégustant sa bière.
Il fait un signe discret de la tête à Esméralda une copine de sa sœur, puis range son téléphone dans la poche de sa veste. Karim, j’démarre dans 20 minutes pour un rdv avec une source de renseignement ! Si tu trouves que j’perds mon sens de l'analyse, alors oriente-moi ! J’n’suis que l’asphalteur et toi mon système de guidage ! Que proposes-tu mon bon molenbeekiste ? dit le soldat en passant sa main dans ses cheveux courts, le carnet en main.
— Soldat sans joie, j’te connais depuis la madrassa[3] primaire et laisse-moi te rappeler que dans le temps, la psychiatrie a arraché des personnes à la prison. Elle s’est battue pour imposer l’irresponsabilité juridique pour les fous et les mineurs et ils sont protégés par la loi. Le savoir psychiatrique a arraché ces gens aux juges. Bon revenons à notre sujet, le répressif produit une responsabilisation personnelle des dealers de cannabis, pourquoi pas ? La meuf d’Actiris a causé des sans-diplômes mais le répressif s’intéresse pas à l’oppression de Wall Street ! Puis arriva ce qui devait arriver, petit à petit, le savoir psychiatrique a dépolitisé la délinquance en ramenant l’individu à une faille interne, voire une fragilité personnelle. Major, la proportion des fumeurs est plus importante chez les 25-34 ans. Tu savais que 32 % en Wallonie et 34 à Bxl ont déjà fumé de l’herbe du shit, soit 1 citoyen sur 3. Même chose pour les 15-24 ans bruxellois et ces chiffres augmentent depuis les années 2000 et t’arriveras jamais à serrer nos dealers et consos.
— Les faits, uniquement les faits, Moreno, dit le soldat, en notant.
— La répressive politique menée en Belgique par ton Ministre de l’Intérieur et la Sécurité de la droite f